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Association de Fans de Soap-Operas

  INTERVIEW EXCLUSIVE DE DELPHINE LIEZ
(voix française des jumelles Phoebe et Steffy dans "Amour, gloire et beauté-Top Models")
Rédacteur : Fred



Delphine Liez explore tous les domaines de son métier de comédienne. Au cinéma, on a pu la voir dans "L'Homme au masque de fer", à la télévision dans "Le Bonheur des dames". Sur les planches, elle a notamment joué "La Noce chez les petits bourgeois" de Bertolt Brecht et deux oeuvres d'Apollinaire, "L'Enchanteur pourrissant" et "Les Mamelles de Tirésias". Côté doublage, Delphine n'est pas en reste, on peut l'entendre dans "New York 911" (rôle d'Emily), "Tout pour la musique" (Olivia), "Dream Team / L'équipe de rêve" (Natalie), "Les Razmoket rencontrent les Delajungle" (Kimi) et bien entendu "Amour, gloire et beauté / Top Models" (les jumelles Phoebe et Steffy). Elle a gentiment accepté de répondre à quelques questions.


Comment vous est venue la vocation de comédienne et quels ont été vos premiers pas dans ce métier ?
Dès mon plus jeune âge, j’adorais me glisser dans la peau de célébrités de l’époque, en particulier les comiques, car ça faisait rire aux éclats toute ma famille, mon premier public. Ma vocation était née. À 18 ans, juste après mon bac, je me suis précipitée à Paris pour suivre des cours dans une école de théâtre, ce qui m’a permis de jouer rapidement dans des spectacles pendant une semaine, chaque fin de trimestre. Un vrai bonheur car une grande liberté nous était donnée, mais en plus nous étions dirigés par des metteurs en scène différents à chaque fois, nous entraînant dans leurs univers artistiques personnels, ce qui nous permettait de nous épanouir, sans nous enfermer dans une « façon de faire » trop conventionnelle. Il me semble, en effet qu’une trop grande rigidité dans l’apprentissage artistique peut étouffer la personnalité du comédien.

Vous avez eu le privilège de jouer dans le célèbre film "L'Homme au masque de fer" avec Leonardo Di Caprio, Gérard Depardieu et John Malkovich. Cela a dû être une formidable expérience ?
Ce fut une expérience inoubliable, une sorte d’état second : mon rêve de travailler avec Gérard Depardieu se réalisait enfin ! Est-ce qu’il l’a ressenti ? En tout cas, il a été d’une gentillesse et d’une attention exemplaire pendant le tournage. C’est un être généreux qui vous emporte avec lui et vous plonge directement dans la situation à jouer ; pour la petite anecdote, je portais une robe d’époque magnifique mais beaucoup trop longue et je risquais à chaque pas de me prendre les pieds dedans. Alors d’un geste décidé, non prévu dans le scénario, il m’a soulevée dans ses bras et m’a emportée ainsi en haut des escaliers (scène qui elle faisait partie du script !). La réalité a été plus loin que mon rêve. Quant à « Leonardo », qui était encore inconnu, mais avait déjà son beau visage d’ange, je ne l’ai vu qu’à la cantine. Et John Malkovich, hélas, ne faisait pas partie de cette scène. Tourner avec une telle équipe et de tels acteurs fait vraiment prendre conscience de ce qu’est le professionnalisme dans ce métier si difficile.

En plus du théâtre que l'on pourrait appeler "traditionnel", vous participez à des spectacles pour enfants et des spectacles de clown. Cette part de fantaisie est-elle importante pour vous ?
Ce qui est surtout important dans ce genre d’expérience, c’est que cela demande encore plus de sincérité dans l’essence même du sentiment; et comme le plus souvent, il s’agit d’émotions simples comme la joie, la peur ou la tristesse, il est impossible de faire semblant, car les enfants ne font pas de cadeaux. Ils sont capables de hurler ou d’être indisciplinés si le comédien n’exprime pas la vérité dans son jeu ! Mais cela a toujours été un vrai bonheur de jouer devant des enfants.

Comment avez-vous commencé le doublage ?
C’est une des facettes du travail du comédien qui m’a toujours attirée. J’ai eu la chance de rencontrer Georges Chatelain, qui a été, entre autres, le créateur du célèbre studio d'enregistrement parisien CBE (Chatelain-Bisson-Estardy) à la fin des années 60 et le producteur son et directeur de casting des 5 premières années des "Guignols de l'info". Il m’a fait faire quelques essais, très convaincants, d’après lui, et a décidé de me faire rencontrer certains comédiens qu’il connaissait bien, comme Patrick Préjean (NDLR : voix de Tigrou dans "Winnie l'ourson" notamment) et Roger Carel (NDLR : voix d'Astérix notamment). Ils m’ont tous merveilleusement guidée sur cette voie. En suivant leurs conseils, je suis allée assister à de nombreuses séances de doublages dans différents studios spécialisés. Et un jour, un des directeurs de plateau m’a demandé de faire un essai…

Parmi les différents doublages auxquels vous avez participé, avez-vous une préférence ? Une actrice ou un programme qui vous a particulièrement plu ?
Je n’ai pas de préférence, chaque enregistrement est unique. Chaque directeur de plateau apporte son univers et sa façon de diriger, chaque comédienne que l’on doit doubler possède sa propre personnalité et c’est toutes ces différences et ces difficultés qui m’intéressent, me passionnent et m’apprennent énormément dans mon travail de comédienne. Chaque nouveau personnage apporte son lot d’imprévus, et de découvertes. Il ne faut pas oublier non plus l’apport enrichissant des autres comédiens avec qui l’on se retrouve dans une séance de doublage.

Comment se passe le doublage d’ "Amour, gloire et beauté / Top Models" ?
Cela a lieu une fois par semaine si les jumelles sont présentes dans les épisodes. Ce sont généralement des scènes de familles et nous nous retrouvons souvent quatre ou cinq « à la barre », ce qui est beaucoup plus agréable au point de vue du jeu, car on se donne plus facilement la réplique. Les comédiens qui doublent « les Forrester », certains depuis plus de quinze ans maintenant, maîtrisent parfaitement leurs personnages; c’est une excellente école pour me perfectionner.

Le fait de doubler Phoebe et Steffy, des petites filles et qui plus est des jumelles (que vous doublez toutes les deux), représente-t-il des difficultés particulières ?
En général, j’enregistre sur deux pistes séparées, c’est-à-dire une première fois Phoebe par exemple, puis ensuite, Steffy. Et nous avons pris le parti avec les deux directeurs de plateaux de cette série, Maurice Sarfati et Michel Bedetti (que je remercie au passage car lorsque je débutais, il m’a gentiment accueilli sur ses plateaux et donné de précieux conseils) de les différencier par un trait de caractère qui puisse modifier légèrement les deux voix : Phoebe est plus calme et je recherche plus les graves tout en gardant une voix d’enfant et Steffy est plus dynamique, gaie et les aigues prédominent plus facilement.

Pensez-vous que vous doublerez toujours Phoebe et Steffy adolescentes et interprétées par de nouvelles actrices (Addison et Alex Hoover depuis cette année aux USA) ?
Ça grandit vite dans la famille ! Cela fait deux ans que je double Phoebe et Steffy, quand j’ai commencé elles avaient 5 ans; actuellement elles en ont 12. C’est donc bien parti pour l’adolescence et qui sait, nous fêterons peut-être un jour leur 50 ans.

Merci à vous.



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Photo : Georges Chatelain


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